Prix du gaz : Comment vont-ils évoluer en 2024 ?

Flamme bleue de gaz naturel sur fond bleu

Les consommateurs français sont, à juste titre, très préoccupés par la hausse régulière du coût de l’énergie et notamment par les augmentations successives des tarifs du gaz. Pour mieux comprendre ces fluctuations à la hausse, il convient d’examiner les éléments impactant ce marché qui influencent directement les cours du gaz naturel. Comment est déterminé le prix du gaz naturel ? Quels sont les facteurs faisant varier ces tarifs ? Comment expliquer les hausses récentes successives ? Quelles perspectives pour l’année 2024 ? Voici tout ce qu’il faut savoir sur l’évolution des cours du gaz.

De quoi dépendent les prix du gaz ?

A l’instar des tarifs de l’électricité, les prix du gaz en citerne dépendent principalement de 3 facteurs différents :

  • Les coûts d’approvisionnement ;
  • Les coûts du gaz hors approvisionnement ;
  • Les taxes.

Les coûts d’approvisionnement du gaz varient selon les fournisseurs et couvrent l’extraction et le transport jusqu’en France. Ces frais représentent un peu moins de 40 % d’une facture au tarif réglementé et constituent la principale source de variation des prix entre fournisseurs alternatifs.

Contrairement aux coûts d’approvisionnement, les autres coûts du gaz sont les mêmes pour tous les fournisseurs et changent chaque année selon le tarif fixé par la Commission de Régulation de l’Energie (CRE). Ces coûts incluent ceux liés à la distribution (26 %), au transport et la livraison de gaz en citerne (7 %) et au stockage (4 %).

Enfin, la part des taxes sur le prix du gaz s’élève à environ 27 % de la facture au tarif réglementé et comprend la Contribution Tarifaire d’Acheminement (CTA), la Taxe Intérieure sur la Consommation du Gaz Naturel (TICGN) et la TVA.

L’évolution du prix du gaz ces dernières années

Au même titre que l’électricité, les prix du gaz ont connu d’importantes fluctuations ces derniers mois avec pour origine majeure le conflit opposant l’Ukraine et la Russie qui perdure depuis maintenant plus d’un an. En réaction aux sanctions européennes, la Russie a réduit progressivement les quantités de gaz exportées vers l’Europe qui représentaient jusqu’alors 45% des importations totales. Cette annonce a mécaniquement fait monter le prix du gaz jusqu’à un niveau record de 345 € le mégawattheure à la fin août 2022. L’Union Européenne s’est alors retrouvée dans l’obligation d’importer du GNL (gaz naturel liquéfié) provenant des Etats-Unis, du Qatar, de l’Égypte et de l’Afrique de l’Ouest afin de compenser cette perte.

Des mesures correctives qui ont permis de stabiliser les prix

Grâce à un plan de réduction des consommations énergétiques et aux livraisons en GNL de ces autres producteurs, la plupart des pays européens ont pu reconstituer leurs stocks de gaz au cours de l’année 2022, ce qui a permis une alimentation suffisante en énergie pendant l’hiver 2022-2023. Le succès de cette nouvelle stratégie a eu un effet bénéfique sur les prix du marché, amplifié par un contexte favorable avec des températures douces à l’arrivée de l’hiver et une demande énergétique ralentie notamment du fait de la situation sanitaire chinoise.

Bon à savoir : Le cours du gaz naturel est fortement remonté au cours du mois de mars (de l’ordre de 15 %) après la découverte de fissures dans les réacteurs nucléaires français qui ont contraint à l’utilisation du gaz pour pallier les manques d’électricité issue du nucléaire.

Voici un tableau de l’évolution des prix domestiques du gaz depuis 2010 :

AnnéePrix du gaz domestique en €/Mégawattheure (MWh) semestre 1Prix du gaz domestique en €/Mégawattheure (MWh) semestre 2
201052€57€
201164€57€
201268€63€
201372€67€
201476€70€
201570€73€
201665€67€
201763€69€
201876€66€
201983€73€
202072€75€
202169€78€
202277€ avec gel des tarifs (114 sans)74€ avec gel des tarifs (138 sans)
202374€ avec gel des tarifs (159 sans)

Quelles perspectives pour 2024 ?

Si les prix du gaz semblent poursuivre une certaine décroissance ces dernières semaines, différents indicateurs peuvent néanmoins être sources d’inquiétude pour l’hiver prochain.

Un optimisme mesuré de l’AIE

Malgré une situation qui semble s’améliorer et se stabiliser, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a averti les gouvernements européens et la Commission européenne qu’ils se devaient d’agir rapidement afin d’éviter une pénurie de gaz estimée à 30 milliards de mètres cubes pour l’hiver 2023. Selon les calculs de l’AIE, un arrêt complet des livraisons venues de Russie et une demande chinoise revenue à la normale réduiraient considérablement le taux des réserves européennes qui ne seraient que de 65% au début du prochain hiver. Le directeur de l’AIE a ainsi insisté sur le fait que les États européens ne doivent donc pas se montrer trop optimistes pour l’hiver 2023 car les conditions économiques et géopolitiques relativement avantageuses en 2022 auront bien changé d’ici là.

Un contexte économique et géopolitique différent

Le premier semestre 2022 avait donné lieu à une livraison de quelques 60 milliards de m3 de gaz russe à l’Union Européenne. Une quantité non-négligeable qui devrait être proche de 0 pour l’année 2023. Également, la hausse prévue des capacités de production de GNL à hauteur de 20 milliards de m3 (grâce à l’augmentation de la capacité de production de terminaux aux Etats-Unis et au Mozambique) sera pratiquement absorbée par la Chine (à hauteur d’environ 85 %) si sa production revient à ses niveaux normaux de 2021 avant la crise sanitaire.

L’AIE incite donc fortement les gouvernements à prendre des mesures immédiates pour modifier les comportements et généraliser dans les meilleurs délais l’utilisation des énergies renouvelables afin de limiter la demande structurelle de gaz. Cela passe notamment par l’utilisation massive de pompes à chaleur et l’intensification du développement de la filière nucléaire.

Des stocks à reconstituer pour l’hiver à venir

Au 15 mars 2023, les stocks de gaz naturel français étaient très bas, s’affichant à seulement 30 %, soit le deuxième plus faible pourcentage de toute l’Europe derrière l’Ukraine alors que la moyenne de l’Union Européenne se situait autour de 55 %. Grâce aux nouveaux partenariats noués, le gouvernement français se montre cependant confiant et table sur une importante campagne de remplissage à venir ayant pour objectif de reconstituer 90 % des stocks. L’AIE se montre toutefois pessimiste au niveau européen et parle de 30 milliards de m3 manquants, du fait notamment de la nécessaire reconstitution des stocks ukrainiens qui sont passés sous les 15 %.

La fin des tarifs réglementés du gaz

Les tarifs réglementés de vente du gaz (TRVG) qui permettent de limiter les fluctuations du cours de l’énergie sont amenés à disparaître cette année afin de laisser place à la libre concurrence sur le marché européen. La suppression des tarifs réglementés de vente de gaz pour les consommateurs professionnels a déjà été entérinée le 1er décembre 2020. Pour les consommateurs particuliers, l’ouverture à la souscription a été interdite depuis novembre 2019 et la fin effective des TRVG aura lieu le 30 juin 2023. Les clients actuellement abonnés à Engie qui n’auront pas souscrit une offre du marché de l’un des fournisseurs principaux de gaz en citerne en France avant le 1er juillet 2023 basculeront alors automatiquement vers l’offre Passerelle Gaz d’Engie.

Un bouclier tarifaire jusqu’à quand ?

Enfin, sauf reconduction, le bouclier tarifaire instauré en 2021 devrait prendre fin le 31 décembre 2023. S’il a permis de limiter considérablement les tarifs du gaz pour les particuliers, sa levée pourrait contribuer à tirer à nouveau les prix vers le haut.

En conclusion, malgré une situation apparemment stabilisée au cours des derniers mois, l’hiver 2023 pourrait bien être plus compliqué que le précédent. Le passage relativement sans conséquence de l’hiver 2022 pourrait bien être un trompe-l’œil lié à plusieurs facteurs favorables à une stabilisation des prix s’étant produits de façon concomitante. Toutes les menaces pesant sur l’hiver prochain plaident pour une possible tension sur les approvisionnements et donc par conséquent pour une probable remontée des prix pour l’année 2024, d’autant plus en cas d’hiver rigoureux.